Ces
correspondants
vrai-faux journalistes
Ce sont les petites mains de la presse quotidienne régionale,
les yeux et les oreilles des journaux. De simples organes, en
somme, des mutilés incapables de se mutiner depuis qu’a
été votée une loi régissant leur statut.
C’était en 1993, à la fin d’une session
parlementaire, parmi les diverses mesures d’ordre social.
Les correspondants locaux de presse (CLP) sont alors définis
comme des non professionnels. S’ils dépassent le
plafond de revenus annuels (fixé à 4 375 €
en 2003), ils sont soumis à impôt. S’ils ne
filoutent pas, c’est la précarité. Car, entre
temps, les correspondants sont passés de secrétaires
de mairie ou d’instituteurs retraités à chômeurs
ou étudiants.
Certains ne vivent que de leurs articles, en faux correspondants
qui irritent les journalistes, lesquels, transformés en
contremaîtres, sont menacés par cette main d’œuvre
bon marché. Faux correspondants, ils le sont tous en réalité
parce que leur indépendance vis-à-vis de leur journal
est une vue de l’esprit. La «formation», l’équipement
numérique et informatique, les nouveaux services dédiés
aux correspondants créent un cordon ombilical avec l’entreprise.
Ce lien, qui nourrit une certaine confusion des genres, ne satisfait
finalement aucun des acteurs de la profession et les confine souvent
au silence.
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