Equipement. Les correspondants contraints de se moderniser.


Journal cherche CLP informatisé


Les journalistes utilisent le matériel (appareils photos, ordinateurs) des agences. Ils n’ont pas à investir dans un quelconque équipement. Pour les correspondants locaux de presse (CLP), chaque quotidien a sa propre politique. Et selon les journaux, ils sont plus ou moins présents dans les agences, au milieu des équipes rédactionnelles.
Si, il y a quelques années, les correspondants devaient juste savoir tailler un crayon et acheter un carnet (souvent gracieusement offert par la maison, d’ailleurs), ce n’est plus le cas. La numérisation de la confection du journal a changé la donne. Beaucoup de journaux (le Courrier Picard, Ouest-France, le Progrès, le Télégramme de Brest, etc.) essaient d’équiper leurs correspondants en matériel numérique et informatique.
Mais être à la pointe du progrès coûte de l’argent. Il faut compter en moyenne 1 200 euros pour un ordinateur, 300 euros pour un appareil photo numérique, sans compter la connexion Internet. Face à cette quasi "obligation" d’équipement, les journaux adoptent différentes attitudes. Pour certains, c’est un critère de sélection dans le recrutement, pour d’autres, des compromis sont trouvés. Ainsi, au Parisien, chaque agence est équipée de portables, à la disposition des correspondants. L’arrivée de l’informatique avait obligé les correspondants à venir taper leurs feuillets en agence, au lieu d’apporter des copies manuscrites. Ils se trouvaient donc au milieu de l’équipe de rédaction, en train de rédiger leurs articles. Comme des journalistes.
Aides. Pourtant, cette donne a tendance à s’atténuer. La création de logiciels internes ("Sirocco" au Progrès et à Ouest-France, "Picta-mailer" à Sud-Ouest) permet aux correspondants d’envoyer directement l’article, accompagné de sa photo, à l’agence. La disposition est la même que s’il avait écrit son papier à l’agence, mais il peut l’écrire chez lui. Gain de temps…


D'où la création de services techniques, comme les ATR (attachés techniques de réseau) à Ouest-France, spécialement formés pour informer et dépanner les correspondants ayant maille à partir avec leur installation. Pour les journaux, c’est le moyen de conserver un contact humain avec le correspondant, qui peut rester chez lui.
Toutes ces nouveautés techniques ont une influence : c’est un facteur, parmi d’autres, de la baisse du nombre de correspondants.
Les connaissances requises ralentissent considérablement les ardeurs des retraités qui voudraient s’engager.
Éric, correspondant au Progrès, avoue que sa fonction demande un investissement : "Une des premières questions que mon chef d’agence m’a posée était "As-tu un ordinateur et un modem ?". Comme la plupart des jeunes aujourd’hui, j’en avais un. J’ai juste dû acheter un appareil numérique. Mais le journal m’a offert une enveloppe de 1 200 euros pour m’aider à le financer. De toute façon, mon appareil ne me sert pas seulement à illustrer mes reportages, car je prends aussi des photos dans un cadre personnel. C’est tout bénef’ pour moi." Mais le Progrès reste une exception. La plupart des journaux se débrouillent autrement. Au Courrier Picard, Francis Lachat estime que “le passage au numérique de tous les correspondants au cours de l’année 2003 n’a pas posé de problème”. Dans ce journal, tous les correspondants envoient leurs articles par voie informatique. Les correspondants viennent dans les agences chercher l’appareil dont ils ont besoin. C’est cette solution qui est la plus fréquente dans les titres de PQR.
Subordination. Certains titres, par contre, restent réticents à l’idée d’équiper leurs correspondants. Alain Howiller, rédacteur en chef aux Dernières Nouvelles d’Alsace, avoue : "Nous ne les avons pas dotés d’outils informatiques ou numériques, car ce pourrait être considéré comme un lien de subordination, ce qui les transformerait de facto en journalistes. Nous n’avons pas obtenu de réponse juridique à cette question, donc nous ne voulons pas prendre de risque." Aux DNA, les correspondants transmettent leurs textes par fax et portent les pellicules à développer.

Loïc Chaux

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