| Syndicat. Les CLP n'exploitent pas leur potentiel de grève | |
| La révolte des correspondants n’a pas eu lieu Il a été éconduit la semaine dernière par son journal. Après vingt piges de piges payées en qualité de (faux) correspondant. Il s'était plaint de son sort à l'orée de sa retraite. Il a 59 ans. Pas de sécurité sociale ni de retraite. Pas de jours de repos ni de vacances. Cet anonyme soutier de l’info ne peut pas compter sur la solidarité de ses pairs. Il s'est tourné vers un syndicat de journalistes, la CFDT, qui a ouvert ses adhésions en 2001 aux correspondants locaux de presse (CLP). "Ils occupent une place grandissante dans la chaîne de l’information et comme leur statut est détourné, ils vivent une injustice", déplore Dominique Bardet, membre de l’Union syndicale des journalistes-CFDT. La confédération prépare d'ailleurs une intervention sur le sujet lors de son assemblée générale le 27 novembre prochain. Car l’espèce menaçante fleurit dans les agences en friche à la place des professionnels et divise les syndicats. La CGT, de son côté, a approuvé, il y a trois ans, une grève au Télégramme de Brest contre la baisse de tarifs pour les articles dominicaux. Elle a aussi appelé à une interruption de travail de vingt-quatre heures au Progrès de Lyon, en solidarité avec un correspondant. Celui-ci, écarté pour s’être enferré dans un procès en diffamation, fut finalement casé dans un autre titre lyonnais du groupe Hersant.
Grève. "La loi sur les correspondants locaux est le résultat d’une opération de lobbying des groupes de presse, dénonce Michel Diard, président du SNJ-CGT. Les correspondants sont les plus exploités des journalistes, les esclaves des temps modernes". La définition ferait bondir les représentants du Syndicat national des journalistes, qui imposent à la commission de la carte un seuil de rémunération voisin du Smic. Et ce afin d’octroyer l’inestimable sésame aux titulaires et pigistes plutôt qu’aux correspondants, moins bien payés en théorie mais trop nombreux à se bousculer au portillon. Un ex-CLP, qui s'est impliqué dans un syndicat, estime que, parmi les correspondants, "on trouve 20% de cas litigieux". Pourquoi ceux-ci ne montent-ils pas dès lors une association autonome, à l’échelle nationale ? L’initiative les placerait dans une position de force plus enviable encore que celle des légendaires ouvriers du livre. Une simple grève mettrait en péril les trois quarts du contenu des canards locaux… Or, à ce jour, toute tentative de corporatisme a avorté. Anne Mathieu ose l’expérience fin 2000, en fondant près de Nantes l’association "Presse-Papier". Alors collaboratrice à Ouest-France, cette militante regroupe une quarantaine de pairs notamment pour échanger des informations sur la réglementation. "Il est très difficile de fédérer des gens autour d’une activité très disparate, qu’ils ne pérennisent pas toujours, constate Anne Mathieu. Il y autant de situations que de correspondants". Avec néanmoins la précarité comme dénominateur commun. Et la difficulté de se regrouper, tant les correspondants sont dispersés, isolés, seulement reliés à leurs collègues par un apéro de fin d’année, lorsque la direction du journal en organise un. Fataliste. Le "Presse-Papier" compte aujourd’hui cinq à six fidèles. À peine davantage que cette autre association bretonne, dont la présidente tient à conserver l’anonymat. Rosa Luxembourg déchue des CLP, elle témoigne : "Nous regroupions une centaine de correspondants. Notre but, c’était notamment d’obtenir une carte de presse. La plupart de nos membres ont eu peur et sont partis. D’autres ont été mis dehors par la direction du journal. L’association ne marche pas du tout. C’est à croire que les correspondants n’ont pas besoin qu’on s’occupe d’eux et qu’ils sont très bien comme ça ". Pas de grève prolongée, encore moins de soulèvement inter-journaux, des Spartacus sans armée… Anne Mathieu, moins fataliste, espère la création d’une association nationale regroupant plus largement "tous les précaires de la presse". Elle est aujourd’hui pigiste. Et si elle possède sa carte professionnelle, c’est paradoxalement grâce aux syndicats des journalistes – du moins ceux qui veulent bien s’occuper des clandestins. Pierre Viallet est quant à lui passé de correspondant à pigiste pour le Dauphiné Libéré, grâce au soutien de la CFDT. Il estime qu'un syndicat de CLP "donnerait de faux espoirs aux membres qui y adhéreraient, parce que son action serait trop limitée. D’abord, le correspondant n’est pas un salarié et ne peut pas vraiment se syndiquer. Ensuite, si un patron trouve gênant son collaborateur occasionnel et veut se passer de ses services, on peut difficilement attaquer pour licenciement abusif". Toujours la même crainte. Les patrons de presse en tremblent eux aussi. Michel Comboul, président du SPQR, regrette "ne pas avoir le temps de répondre" à la question des correspondants locaux et de leur éventuel regroupement. La création d’un "syndicat autonome" constitue une menace sérieuse pour les patrons de presse. C’est aussi, pour l’heure, une utopie. Pierre Carrey |
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