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dossier
> Presse française, on se concentre !
Les
grands patrons
jouent
aux chaises musicales
Ventes, rachats, participations
Les grands groupes de presse français jouent aux chaises musicales
sur lhexagone. Le but du jeu, devenir premier dans les supports
les plus riches en publicité. Les magazines sont les plus prisés,
ainsi que les gratuits, pour prendre le contrôle de la sphère
médiatique. Depuis quelques années, le paysage de la presse
française subit les lubies ou les manuvres douteuses de quelques
grands groupes. Au risque de mettre en péril lindépendance
éditoriale des publications et leurs diversités.
La cour des récré-actions
"Je vends!", lâche Jean-Marie Messier, les chaussettes
trouées. Sa petite entreprise Vivendi Universal a des difficultés
financières. Au pied du mur, Jean-René Fourtou, son successeur,
poursuit et cède la majorité du pôle média
de Vivendi Universal, déficitaire.
"Moi je prends!", se précipite Yves de Chaisemartin,
président du directoire de la Socpresse, fier de poursuivre luvre
de feu Hersant, le "papivore".
"Et puis moi alors! Men fous, jvous aurai au tournant...",
grommelle Amaury. Débarrassé du Futuroscope, il a désormais
les mains libres et peut envisager de sétendre.
"Je veux augmenter la taille de mon groupe!", simpatiente
dans son coin le chef du Monde, Jean-Marie Colombani. De son côté,
Lagardère et sa filiale média Hachette Filipacchi
attendent leur heure, peinards.
Dassault apporte
ses billes
Le grand gagnant de ce jeu fort amusant est la Socpresse. Après
avoir réglé tous les problèmes de succession engendrés
par la mort de Robert Hersant en 1996, elle se réveille et attaque,
six ans plus tard. Fin septembre 2002, le groupe possède désormais
plus de 50% de la holding La Voix du Nord Investissement. Elle achète
le pôle presse grand public de Vivendi fin août: en tout 16
magazines dont LExpress, LExpansion, LEtudiant,
Transfac (presse gratuite et marketing) La Vie financière, Lire,
Maison Française, ainsi que la Comareg, (groupe de presse de
gratuits, coleader sur le marché français).
Dassault est venu
apporter de nouvelles billes dans le jeu. Il est devenu actionnaire à
30% de la Socpresse. Cest grâce à son argent que le
groupe a pu se payer sa friandise. Dassault investit ici en prévision
dun désengagement de la famille Hersant.
Lhistoire des deux familles est bien connue. Robert Hersant était
proche de Giscard DEstaing dans les années 70. Cest
alors quil acquiert Le Figaro et France-Soir. Serge
Dassault, quant à lui, na jamais caché ses sympathies
politiques envers la droite; il était député RPR-UMP
de lEssonne jusquen juin dernier. Le rachat de lExpress
pose des questions. Son contenu éditorial ira-t-il vers un positionnement
plus à droite? Le magazine pourra-t-il critiquer le commerce des
armes? Sachant que la Socpresse contrôle 16 % du marché total
de la publicité en presse magazine, sera-t-il plus complaisant
à légard de ses annonceurs? La direction des ressources
humaine na voulu faire aucun commentaire à propos du rachat
par la Socpresse, encore moins sagissant des éventuels départs
de journalistes faisant valoir la clause de conscience.
Indépendance
et pluralisme?
Hachette Filipacchi média, numéro un mondial de la presse
magazine est assis sur des bases solides. En 2001, la filiale de Lagardère
achète 42% de Marie-Claire. Elle veille sur sa PQR (La Provence
et Nice-Matin) et engrange les effets positifs de la synergie entre
Nice-Matin et Var-Matin. Ces deux quotidiens ont gardé
leur titre distinct ainsi que des pages locales différentes, mais
les pages dinformation nationale et internationale sont désormais
communes. Malaise éditorial également en radio, à
Europe 1 toujours Hachette après une petite note du
rédacteur en chef demandant aux journalistes de passer rapidement
sur la faible participation des militants de lUMP à lélection
de leur président. "Insister sur lambiance chaleureuse
de ce congrès" était le mot dordre.
Le groupe Le Monde,
quant à lui, sinfiltre par des petites portes. Sa volonté
nen est pas moins de former un puissant groupe de presse. Il échange
des actions avec le groupe Nouvel Observateur et en devient actionnaire
à hauteur de 6%. Au cours des dernières années, il
a pris le contrôle du groupe Midi Libre, de Courrier International
et des Cahiers du Cinéma.
Début
septembre, il entre à 30% dans le capital des Publications de la
Vie Catholique (Télérama, Notre Histoire, etc.).
Actionnariat qui réjouit plutôt Jean-Claude Petit, directeur
de publication de La Vie: "Cest une chance daccueillir
parmi ses actionnaires un groupe de presse. De nos jours, ce nest
pas évident."
Le grand perdant,
cest VU. Le trust Vivendi est très endetté. Sa solution:
recentrer ses activités, ce qui passe par lélimination
de la presse, entre autres. En août 2001, il cède sa presse
professionnelle et de santé aux Britanniques de Cinven. Les groupes
Moniteur, Test, France Agricole, Usine Nouvelle, Builder, Barbour Index,
Exposium et les publications Le Quotidien du médecin, Vidal,
Masson, Staywell, Doyma, etc. passent dans les mains du fonds dinvestissement
(1). Dernier épisode pour le géant : Vivendi se décharge
de son dernier lot de presse en août dernier. Vivendi média
nest plus.
La vague de concentrations
ne fait que commencer, le jeu des chaises musicales va continuer. Qui
sera le prochain à ne plus pouvoir sasseoir? Pour ceux qui
restent en lice, les inquiétudes grandissent quant à leur
indépendance, au maintien de leur identité et à la
qualité de l'information qu'ils diffusent. Et si la bataille idéologique
n'est pas désuète, les enjeux sont toutefois de plus en
plus financiers.
Mathilde Duchatelle et Sébastien
Darsy
(1) Cinven est spécialisé
dans les importantes transactions européennes de rachat dentreprises.
Il garde généralement les actifs pendant 4 à 5 ans
en attendant lopportunité dune vente fructueuse.

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