N° 10 - vendredi 15 février 2002 -

L'AFP en question


"Agence France Palestine", l’Agence France Presse est dans la ligne de mire de nombreux sites de réinformation. L’Agence est accusée d’être partiale, d’occulter des informations… Ses détracteurs la jugent " inféodée " au pouvoir politique, mais aussi à ses clients arabes. La direction de l'AFP n'a pas souhaité répondre à nos questions, afin de "ne pas relancer la polémique".

Journaliste d'agence en Israël


La direction générale pour le P-O est installée depuis 1988 à Nicosie. 50 à 70% de son travail concerne Israël. Le bureau de Jérusalem compte trois permanents (chef de bureau, adjoint et photographe), français anglophones non hébraïsants. 5 ou 6 " stringers " couvrent les territoires, depuis les principales villes.
Ces correspondants locaux sont recrutés dans les médias suivant différents critères : ils doivent être arabophones, bien connaître le terrain… Leur orientation politique et leurs liens éventuels avec des organisations locales ne peuvent pas être vérifiés. Lors de la deuxième Intifada, des journalistes français sont venus en renfort : ceux de Nicosie, qui suivent la situation au jour le jour ont été placés au desk de Jérusalem. Les journalistes de Paris ont effectué des reportages dans les Territoires.
Un journaliste de l'agence, qui connaît bien la situation au Proche Orient, reconnait y travailler très librement. "Le gouvernement israélien a retiré sa carte à l’un de nos photographes, parce que son frère est haut-placé dans la hiérarchie du gouvernement palestinien.C’est le seul cas où on a été embêté ".
Comme pour toute dépêche AFP, une vigilence extrême est appliquée... Mais l'agence n'est pas à l'abri des dérapages : "Chaque expression est pesée, négociée… Il arrive que certains traducteurs arabes laissent passer leurs opinions, un " combattant " devient un " martyr ", et c’est repris en tant que dépêche AFP dans la presse arabe. On essaye d’être vigilant."
Chaque mot pèse... parce que l'exactitude de l'information est difficilement contestable : "La critique sur le fond n’est pas possible ; la plupart de nos infos sont reprises par les médias israéliens , la presse est très libre là-bas. Donc, la seule critique possible est sur la forme, les mots…On (les critiques) en est à jouer sur les termes pour atténuer l’effet de l’information sur le public, puisqu’on ne peut pas nous empêcher de travailler sur place."

L'image tendencieuse de l'AFP ?


Les rapports entre l'Agence et le gouvernement français ont toujours fait couler beaucoup d'encre. Pour ses détracteurs, une AFP "objective" et neutre est un leurre. Trois péchés originels : des liens étroits avec le gouvernement et un quai d'Orsay "pro-palestinien", une tradition de coopération avec les pays arabes, et des clients étrangers issus en grand nombre des pays en voie de développement... La réputation -et le surnom- de l' "Agence France Palestine " sont crées.
L'AFP et le gouvernement : l'Agence cesse d'être un établissement public en 1957. Son budget repose désormais intégralement sur les abonnements de ses clients... Parmi lesquels l'Etat français (ministères, ambassades…) , qui représente 46% du total en 1996. Le gouvernement n'est plus majoritaire au Conseil d'Administration, mais "l'Etat décide des hausses de tarifs, approuve la nomination des membres du conseil, nomme le PDG et critique ouvertement l'Agence à l'occasion" (1). Le statut de l'AFP exige qu'elle se défende contre toute ingérence étatique : mission impossible ? Pour Henri Pigeat, l'un de ses anciens directeurs, la machine AFP est "trop lourde et trop complexe pour être manipulée facilement"... (1)
La plus grande agence arabe du monde : dans les années 70, l’AFP instaure une collaboration technique avec l’agence de presse égyptienne Middle East News Agency (MENA), afin qu’elle diffuse ses services en langue arabe. Le déplacement du bureau arabe à Nicosie visait à rétablir une totale indépendance dans ce domaine, mais les liens privilégiés qu'entretien la France avec le monde arabe rendent son objectivité douteuse pour ses détracteurs.
Au delà de ces critiques récurrentes, la vague de protestation née de la 2eme Intifada est liée pour notre interlocuteur au travail des trois agences mondiales lors des événements. "Associated Press, agence américaine, a pris une position nettement partisane en couvrant le conflit : l’Armée Israélienne " ripostait "
systématiquement aux jets de pierre, il n’y avait jamais d’offensive de leur part… C’était le reflet exacte de la position officielle des Etats-Unis. Reuter était un plus nuancée. L’AFP a été critiquée parce qu’elle n’a pas fait comme les agences anglo-saxonnes, on est vraiment resté neutre.
"

Nicole Levigne


Sources :
(1)Le village CNN , par Patrick White, Les presses de l'université de Montréal 97
AFP, une histoire de l’Agence France Presse 1944 1990, par Jean
Hutteau et Bernard Ullman. Ed Robert Laffon)
les agences de presse, Henri Pigeat; La documentation française 1997

Site officiel de l’AFP : www.afp.com
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