N°16 - 07 février 2003

Sommaire

> Les médias roulent-ils
pour le gouvernement ?

A quoi CSA sert ?

> TV et politique :
les envahisseurs
du petit écran

PAF : politique audiovisuelle française

> "Le culte de la proximité" Interview de Christiane Restier, politologue

> Honni soit
qui connivence

Media training : quand les journalistes forment les hommes politiques

> Le point de vue
de la presse étrangère


 

Dossier

Médias et politique : je t'aime moi non plus

« Le culte de la proximité »

Interview de Christiane Restier, maître de conférences en science politique à l’Institut d’études politiques de Bordeaux.

Pourquoi les hommes politiques choisissent-ils d’apparaître dans des émissions de divertissement ?
Je n’ai pas une réponse toute faite mais, simplement, vers quelles autres émissions peuvent aller les hommes politiques? Vous partez de l’idée que les hommes politiques n’iraient plus vers les émissions politiques et iraient vers les émissions de divertissement. Mais il existe très peu d’émissions politiques désormais même si depuis le 21 avril les choses ont un peu changé et qu’on relance les émissions politiques. Cependant il faut toujours se poser la question de savoir à quelle heure ont lieu ces émissions politiques. A ma connaissance lorsque les hommes politiques sont invités dans des émissions politiques ils y vont, s’ils sont invités à des journaux télévisés bien évidemment ils y vont. Je crois qu’il faut revoir la question sous cet angle-là, partant de l’idée qu’un homme politique cherche à convaincre ses électeurs, voire à séduire et faire du prosélytisme. Il faut donc qu’ils trouvent des opportunités pour le faire et ces opportunités là lui sont offertes dans le cadre d’émissions qui sont des émissions plutôt généralistes parce que les terme « divertissement » est aussi péjoratif. Il faut voir quelle est l’offre d’opportunités pour les hommes politiques.

Mais le message qu’ils font passer dans ce genre d’émissions n’est pas le même que celui qu’ils font passer dans les émissions politiques.
On ne peut pas utiliser ce terme que vous employez, le terme de message. Il y a des lieux dans lesquels on peut dire un certain nombre de choses et il y a d’autres lieux dans lesquels on ne peut pas le faire. Mais l’un des grands problèmes c’est qu’aujourd’hui on est dans une société où l’on part de l’idée que tous les acteurs ont la possibilité de s’exprimer librement et on est dans un mythe total. Mythe de la transparence, mythe des individus qui sont capables d’échanger, mythe d’un espace public qui n’existe pas. Parler de message c’est vraiment très pompeux. On ne peut pas en parler parce qu’on fonctionne au mythe de la transparence, au mythe de la société de communication, et on est dans un système de reality-show. Qu’est-ce que le message d’un homme politique dans ces conditions ? Il est évident qu’il se présente comme n’importe qui se présenterait, c’est-à-dire en essayant d’être sympa, proche… A l’heure actuelle, on fonctionne au culte de la proximité. Donc comment faire passer un message politique ? Il faut inscrire cette réflexion dans une analyse du fonctionnement du champ médiatique et de ses impératifs, et puis aussi analyser les prestations des hommes politiques en ayant toujours à l’esprit cet arrière-fond qui est la critique systématique du politique aujourd’hui. Je crois qu’il faut quand même avoir à l’idée, quand on analyse les prestations des hommes politiques, qu’on est dans un système dans lequel on dénigre les hommes politiques.

Est-ce qu’un passage dans une émission « généraliste » dessert les hommes politiques ?
Je n’aurai pas du tout de réponse à cette question. On part de l’idée que l’intervention d’un politique fait réagir le public. Aux Etats-Unis, on prétend analyser « on line » les réactions que provoque chez les téléspectateurs l’intervention d’un politique. Face à un certain type de regard, dans un certain contexte… Il faut savoir que les hommes politiques vivent aussi sous cette espèce de sanction, de menace. Ils croient, ainsi que leur entourage, à la politique de communication.

Le jeu des petites phrases et ce genre de choses…
Entre autres. Mais les petites phrases, c’est ce qu’il y a à la limite de plus simple puisqu’ils ont un entourage en communication qui les enferme dans certaines prestations. On voyait bien par exemple pendant la campagne présidentielle à quel point Lionel Jospin était gêné d’être dans un rôle qui ne lui convenait pas. Mais on lui avait expliqué qu’il était indispensable de tenir ce rôle. Si vous partez de l’idée que nous sommes dans un univers dans lequel on explique qu’il y a une coupure entre le haut et le bas, entre les représentants et les représentés, on vous dit qu’il faut être proche. Partant de là vous allez élaborer des stratégies pour vous montrer sous votre jour le plus familier. Comment peut-on en conclure que ça dessert ? On conclu que ça dessert par rapport à une image complètement stéréotypée de ce que devrait être un homme politique. On part de l’idée qu’un homme politique doit tenir tel type de discours, dans tel cadre d’institutions. Il doit y avoir des débats, des échanges qui seraient d’un certain niveau.

Où se situe la part de responsabilité des journalistes dans le dénigrement des hommes politiques aujourd’hui ?
Le problème c’est que vous utilisez le terme de responsabilité.


Il ne s’agit pas de désigner des coupables mais il y a quand même un dysfonctionnement apparent et si on s’attarde à rechercher les causes, il faut quand même se pencher des deux côtés.
Ma réponse c’est que les causes sont structurelles. C’est tout un ensemble de facteurs qui conditionnent les comportements des hommes politiques et ceux des journalistes.

Chacun fait comme il peut finalement.
Ils « bricolent », comme tout le monde.

Propos recueillis par Sébastien Guiné

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