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Dossier
Médias
et politique : je t'aime moi non plus
Le
point de vue de la presse étrangère
Trois journalistes,
Vibeke Knoop Racheline, correspondante du quotidien norvégien Dagbladet,
Paul Webster, journaliste pour les quotidiens britanniques The Guardian
et The Observer et Massimo Nava, chef du bureau parisien des correspondants
du quotidien italien Corriere della Sera, parlent de leurs homologues
français et de leurs relations avec les hommes politiques, et émettent
des critiques, parfois acerbes, sur leur comportement.
Peut-on
parler de connivence ?
"Il me semble quil y a une grande connivence entre les hommes
politiques et les médias en France". Vibeke Knoop Racheline
ny va pas avec le dos de la cuillère pour évoquer
les rapports entre médias et politique dans le pays des droits
de lhomme. La journaliste norvégienne souligne qu"à
lheure actuelle, il y a une grande facilité pour les médias
français de suivre ce que souhaite le gouvernement". Et
de préciser : "Quand M. Sarkozy promulgue sa loi sur
la sécurité, on voit plein de reportages sur la sécurité
aussi bien dans laudiovisuel que dans les journaux. Mais jai
trouvé ça encore plus frappant lors de la campagne électorale".

Vibeke
Knoop Racheline, Dagbladet : "Il me semble qu'il
y a une grande connivence..."

Paul
Webster, The Guardian et The Observer : "Je
suis un peu le bouffon du roi..."

Massimo
Nava, Corriere della Sera : "Connivence est un mot
un peu trop fort..."
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Cette connivence serait
due, selon elle, à un "problème dautocensure"
car "les journalistes français veulent avoir de bonnes
relations avec les hommes qui gouvernent". Pour Paul Webster,
"cest peut-être plus une question de culture et de
paresse que de connivence". En clair, le reporter britannique
constate labsence dun journalisme dinvestigation dans
notre pays. Il évoque les nombreux scandales, révélés
tardivement par la presse, qui rythmèrent lactualité politique
: "Il est difficile de croire que les grands journalistes navaient
pas entendu des rumeurs sur ces sujets. Pourquoi les médias nont-ils
pas tout de suite convoqué une équipe de journalistes pour
enquêter dune façon active ?" Cependant,
Paul Webster semble bien déceler une certaine complicité
lorsquil évoque les années Mitterrand : "Les
grands journalistes, les grands reporters, étaient toujours invités
chez François Mitterrand". Le journaliste anglais y voit
là une "pratique très dangereuse"et sinterroge
alors : "Est-ce que les journalistes ne voulaient pas critiquer
le président ou avaient-ils peur de critiquer lensemble de
la gauche ?"
Massimo Nava ne se pose pas tant de questions. Certes, il condamne "la
fréquentation excessive avec les hommes politiques"mais
nutilise pas le terme de connivence quil juge "trop
fort". Le journaliste italien "pense plutôt quil
y a des cercles de catégories" entre les différents
domaines journalistiques ("presse présidentielle, presse
économique, presse étrangère") où
"le sens dassociation domine". Si ceux-ci facilitent
les contacts avec les hommes politiques, Massimo Nava considère
néanmoins qu"il y a là un risque de conditionnement".
Un
problème propre à la France ?
Ces bonnes relations le terme de connivence ne faisant pas lunanimité
entre journalistes et hommes politiques français seraient-elles
alors un problème spécifiquement national ? "Oui",
répond sans hésiter Vibeke Knoop Racheline. Pour justifier
son affirmation, la journaliste prend comme exemple la tentative dassassinat
contre le Président de la République, Jacques Chirac, le
14 juillet dernier : "Les journalistes qui lont interviewé
après ne lui ont pas posé une seule question sur le sujet
parce que le président ne le souhaitait pas. Je trouve quand même
assez énorme que tant de représentants de grands médias
français aient accepté de taire cette information".
"Dans tous les pays, il y a une certaine connivence entre les
journaux et les gouvernements", tempère Paul Webster.
Cependant, le journaliste se demande sil ny a pas, en France,
"une culture de révérence envers chaque gouvernement".
La correspondante norvégienne abonde dans ce sens et évoque
la situation aux Etats-Unis où "il y a une plus grande
liberté dans les questions ; elles sont parfois plus directes,
sans gêne", alors quen France "quand on obtient
une interview, il est sûr que le ministre va essayer dinfluencer
énormément lentretien". Le correspondant
britannique souligne dailleurs quil "évite
toute interview proposée".
Vibeke Knoop Racheline explique la nature de ces rapports par le fait
que journalistes et hommes politiques "sortent des mêmes
écoles, quils se connaissent, et que parfois ils se tutoient,
et ça, je trouve que cest très particulier à
la France". Alors que dans son pays, "le fait de connaître
quelquun nempêcherait jamais un journaliste norvégien
de faire son travail même si cela risque de le discréditer
avec les personnes quil met en cause". Paul Webster lanalyse
dune façon différente. Selon lui, une certaine soif
du pouvoir en serait la raison : "Un Français qui
vient de sortir de luniversité et qui essaie de devenir rédacteur
pour un journal veut avoir de linfluence, et pour lobtenir
il doit parler positivement du gouvernement".
Un
danger pour la démocratie ?
La journaliste norvégienne et son homologue anglais dressent un
constat identique : de telles relations peuvent "représenter
un danger pour la démocratie". Vibeke Knoop Racheline
précise qu"il faut bien que chacun ait son rôle"
mais constate qu"en France, cette séparation nest
ni claire ni nette". Pour sa part, le correspondant britannique
juge que "la démocratie souffre énormément"
du fait que "des journalistes de la télé, de la
radio et de la presse écrite soient seulement prêts à
récolter les propos dhommes politiques sans vraiment se méfier
dêtre manipulés". Seul Massimo Nava trouve
exagéré dutiliser un tel vocabulaire, même sil
considère que le "risque existe". "Je
dois aussi ajouter que la plupart des journalistes français dit
la même chose". A en croire Paul Webster, plus que la connivence,
un certain conformisme serait en réalité le vrai mal dont
souffre le journalisme français.
Erlend
Svinsas-Loe et Pierre
Firtion

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