version 6.1/édition 2004/n°17
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Télévision :
Monochromie des journalistes

Etat des lieux
Black-out sur les minorités visibles

A qui la faute?
"Un Noir au 20 heures, ça n'arrivera jamais"
Interview de Marie-France Malonga, qui prépare une thèse sur la question

Points de vue de deux directeurs d'école de journalisme
• Interview de Loïc Hervouët, directeur de l'ESJ de Lille
Interview de Didier Cherami, directeur de la filière journalisme de l'IUT de Tours

Ils en parlent
Témoignages de
Joseph Andjou
Patrick Fandio
Vincent N'Guyen
David Delos

Black-out
sur les minorités visibles

La faible représentation des minorités ethniques à l'antenne n'est pas une préoccupation pour les syndicats de journalistes et pour les directions de chaînes. Etat des lieux.

Consensus. Aux dires de tous les professionnels contactés, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes journalistiques. En tout cas, ce sujet ne semble pas faire partie des préoccupations des syndicats. A l’instar de Dominique Pradalié, représentante du Syndicat National des Journalistes (SNJ) à France 2. « Personnellement, je n’ai jamais été saisie d’une affaire relevant d’ une discrimination au faciès. » Avant de reconnaître : « je ne dis pas que cela n’existe pas mais c’est difficile de le prouver. » Et de déplacer le débat : « le problème est plus large que ça. La volonté de nos dirigeants respectés et adorés, c’est de recruter obéissant. »
Même son de cloche à France 3. Le secrétaire général du SNJ, Thierry Will, n’a « eu aucune remonté au sujet d’éventuelles discriminations de cet ordre, notamment lors de Commissions paritaires. » Un optimisme forcé semble l’emporter chez ce journaliste basé à Saint-Étienne. « Depuis quatre ou cinq ans, il y a un mouvement qui s’est enclenché. Il existe quelques journalistes d’origine maghrébine qui sont sur le terrain. Notamment à Lyon et à Clermont-Ferrand. » Seule une réserve est émise du bout des lèvres. « Il faut bien reconnaître qu’il peut y avoir une limitation de l’accès à la présentation. », avoue Thierry Will.

Patrick Poivre d'Arvor, trône au JT de 20 heures depuis 25 ans.

Quotas. Pour faire bouger les choses, le Comité Egalité mené par Calixthe Beyala, écrivaine d’origine camerounaise, a brandi la possiblité des quotas. Réaction : une levée de boucliers. Un système pourtant instauré depuis les années soixante dans les médias aux Etats-Unis. Mais cette notion de quotas est totalement étrangère à la tradition républicaine de la France et propose un modèle de société basé sur le communautarisme. La mise en place de quotas déboucherait sur un système pervers de recrutement que certains appellent la discrimination positive. Cette dernière risquerait d’être contre-productive en admettant des principes qu’elle prétend combattre. Elle jetterait le doute et le discrédit sur des journalistes « de couleur » qui seraient choisis uniquement sur des critères ethniques et non pour leurs qualités et leurs talents. Tous les syndicats sont unanimes. Ils estiment que les journalistes doivent être recrutés pour leurs compétences. Jean-François Tealdi, délégué de la CGT à France 3, l’affirme : « Nous ne voulons pas entrer dans ce cas de figure qui verrait les présentateurs et les animateurs d’émissions être choisis en fonction de quotas qui correspondraient à des minorités ethniques, religieuses ou autres. Nous pensons que, dans cette République, il est possible aujourd’hui, en tout cas dans le service public, de choisir les journalistes non selon ces critères là mais selon uniquement des critères professionnels. »

Frilosité. On peut tenter d’expliquer cette faible représentation des minorités issues de l’immigration extra-européenne par un manque d’audace de la part des dirigeants des chaînes de télévision. Pire, anticipent-ils – inconsciemment ou consciemment – sur un racisme présupposé du public ?
A TF1, le sujet semble déranger. Pas moins de trois personnes parmi l’encadrement se sont renvoyées la « patate chaude ». Au final, pas d’interlocuteur. Pas mieux côté service public. Malgré notre insistance, aucune réponse n’a été obtenue de la part des directions de France 2 et France 3. A M6, Jean-François Richard, directeur des rédactions se retranche derrière un argument un peu léger : le faible temps d’antenne réservé à l’information avec présentateur ou présentatrice. Mise à part quelques flash dans la tranche matinale, le reste des « fenêtres-info » sont sous forme tout-images : le fameux « Six minutes ». Seul TV5 admet prêter attention à la représentation de la diversité mondiale sans que cela soit une volonté affirmée. Pour le chargé de recrutement de la chaîne, Olivier Bock, c’est « un souci général d’antenne. » « On tente de rendre compte de la diversité mondiale et de la francophonie mais on ne cherche pas à avoir à tout prix des visages entre guillemets étrangers. Sur la vingtaine de journalistes permanents, on a des journalistes d’origines diverses : africaine, maghrébine, métisse… Ce sont avant tout des critères professionnels qui rentrent en ligne de compte. »

D'un côté, tous affirment haut et fort que les compétences professionnelles des journalistes sont et doivent être les seuls critères de recrutement. De l'autre, les minorités issues de l'immigration sont sous-représentées à la télévision. Si on met en perspective ces deux constats, l'alternative suivante s'impose d'elle-même. Soit les Noirs, les Asiatiques, les Maghrébins sont moins compétents que les autres, soit ils sont victimes d'une ségrégation. Difficile de croire que le journalisme soit épargné par le racisme.

Bertrand Cavassa

 

Les Canadiens sont en avance sur le débat de la représentation des minorités ethniques et visibles dans les médias. Plus d'infos sur le site du réseau Education-médias

Minorités et racisme,
L'étude de Teun A. van Dijk, universitaire néerlandais

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