Le magazine d'information sur les médias
réalisé par les étudiants
de l'IUT de journalisme de Bordeaux

 

Dossier réalisé le 25 novembre 2004

Côte d'Ivoire :
un traitement
franco-français

Le réquisitoire
de la presse étrangère

Docteur Chirac
et Mister Jacques

Docteur Chirac et Mister Jacques

Intérieur, extérieur,
deux traitements médiatiques

C’était un beau matin de novembre à Nîmes, un discours devant la toute dernière promotion de l’Ecole de police. Le président de la République s’était déplacé pour adresser deux messages à la Nation. Parce que loin d’ici, dans une ancienne colonie en Afrique, des Français venaient de se faire attaquer et certains d’entre eux étaient morts. Parce que, aussi, il fallait bien parler de l’Intérieur à ces frais émoulus gardiens de la paix... intérieure. On tança alors l’Ivoirien. On félicita aussi Villepin.
Caméras, micros, photos et stylos étaient là. A l'attention des services Etranger : “Le Conseil de sécurité, unanime, a approuvé la réaction de la France et a appelé les autorités ivoiriennes à respecter pleinement le cessez-le feu. La France est l'amie de la Côte d'Ivoire.” Et à l'attention des services Société : “La progression de l'insécurité a été stoppée au cours des trente derniers mois. C'est particulièrement vrai comme il l'a souligné récemment au cours de ces derniers temps et j'en remercie le ministre de l'Intérieur.” Les rédactions s’affairent : deux déclarations d’un coup, quelle aubaine !
Un peu plus tard au journal télévisé, on a cru loucher. Deux rubriques, deux lancements, mais le même personnage, derrière le même pupitre. Petite différence, tout de même, le premier, c’est la voix de la France, sage, sainte, incontestable ; le second, c’est un homme politique qui exerce la plus haute fonction de l’Etat, subjectif, de droite, contestable. Un credo repris par les journaux du lendemain. Libération reproche à Chirac de réciter "un refrain sécuritaire" et "de singer les formules les plus percutantes de Sarkozy", mais ne l'égratigne pas sous le titre "Le trouble jeu de Laurent Gbagbo". Tandis que Le Monde s'amuse que "A Nîmes, Jacques Chirac cajole Dominique de Villepin", Le Figaro quant à lui se satisfait qu'il lui demande "d'aller plus loin" en matière de lutte contre l'insécurité. Aucun des deux, en revanche, ne mettra en cause le discours du chef de l'Etat au sujet de la Côte d'Ivoire. Celui-ci met tout le monde d'accord.


“On n’est pas critique vis-à-vis du Roi”
Le Chirac international, d’ailleurs, tout le monde l’aime bien, il était contre la guerre en Irak, il vend des TGV et des Airbus aux Chinois... “On n’est pas critique vis-à-vis du Roi, assure Ivan Levaï, auteur de la revue de presse de France Musiques, ou plutôt vis-à-vis de l’Empereur : depuis l’Empire, il existe une complaisance bonapartiste des médias, qui apparaît presque naturelle. La presse française est beaucoup moins critique envers Chirac que la presse américaine ne l’est à l’égard de Bush.” On le critique peu, les médias le critiquent peu, sauf s’il ne vend pas assez d’Airbus. Et cette fois encore, au moment le plus chaud de la crise ivoirienne la "position de la France", étroitement confondue avec celle de son président, ne sera contestée.
"L'autre" Chirac, à Nîmes, est venu parler de politique très intérieure, presque intestine. Défendre son ami Villepin et décocher quelques claques à Sarkozy. Parler de sécurité aussi, et là on a pu mettre en question ses paroles. Faire un travail de journaliste.
Tanguy Scoazec

 

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