Docteur
Chirac
et
Mister Jacques
Intérieur,
extérieur, 
deux traitements médiatiques
C’était un beau matin de novembre à Nîmes,
un discours devant la toute dernière promotion de l’Ecole
de police. Le président de la République s’était
déplacé pour adresser deux messages à la
Nation. Parce que loin d’ici, dans une ancienne colonie
en Afrique, des Français venaient de se faire attaquer
et certains d’entre eux étaient morts. Parce que,
aussi, il fallait bien parler de l’Intérieur à
ces frais émoulus gardiens de la paix... intérieure.
On tança alors l’Ivoirien. On félicita aussi
Villepin.
Caméras, micros, photos et stylos étaient là.
A l'attention des services Etranger : “Le Conseil de
sécurité, unanime, a approuvé la réaction
de la France et a appelé les autorités ivoiriennes
à respecter pleinement le cessez-le feu. La France est
l'amie de la Côte d'Ivoire.” Et à l'attention
des services Société : “La progression
de l'insécurité a été stoppée
au cours des trente derniers mois. C'est particulièrement
vrai comme il l'a souligné récemment au cours de
ces derniers temps et j'en remercie le ministre de l'Intérieur.”
Les rédactions s’affairent : deux déclarations
d’un coup, quelle aubaine !
Un peu plus tard au journal télévisé, on
a cru loucher. Deux rubriques, deux lancements, mais le même
personnage, derrière le même pupitre. Petite différence,
tout de même, le premier, c’est la voix de la France,
sage, sainte, incontestable ; le second, c’est un homme
politique qui exerce la plus haute fonction de l’Etat, subjectif,
de droite, contestable. Un credo repris par les journaux du lendemain.
Libération reproche à Chirac de réciter
"un refrain sécuritaire" et "de
singer les formules les plus percutantes de Sarkozy",
mais ne l'égratigne pas sous le titre "Le trouble
jeu de Laurent Gbagbo". Tandis que Le Monde
s'amuse que "A Nîmes, Jacques Chirac cajole Dominique
de Villepin", Le Figaro quant à lui
se satisfait qu'il lui demande "d'aller plus loin"
en matière de lutte contre l'insécurité.
Aucun des deux, en revanche, ne mettra en cause le discours du
chef de l'Etat au sujet de la Côte d'Ivoire. Celui-ci met
tout le monde d'accord.
“On n’est pas critique vis-à-vis
du Roi”
Le Chirac international, d’ailleurs, tout le monde l’aime
bien, il était contre la guerre en Irak, il vend des TGV
et des Airbus aux Chinois... “On n’est pas critique
vis-à-vis du Roi, assure Ivan Levaï, auteur de
la revue de presse de France Musiques, ou plutôt vis-à-vis
de l’Empereur : depuis l’Empire, il existe une complaisance
bonapartiste des médias, qui apparaît presque naturelle.
La presse française est beaucoup moins critique envers
Chirac que la presse américaine ne l’est à
l’égard de Bush.” On le critique peu,
les médias le critiquent peu, sauf s’il ne vend pas
assez d’Airbus. Et cette fois encore, au moment le plus
chaud de la crise ivoirienne la "position de la France",
étroitement confondue avec celle de son président,
ne sera contestée.
"L'autre" Chirac, à Nîmes, est venu parler
de politique très intérieure, presque intestine.
Défendre son ami Villepin et décocher quelques claques
à Sarkozy. Parler de sécurité aussi, et là
on a pu mettre en question ses paroles. Faire un travail de journaliste.
Tanguy Scoazec