Le magazine d'information sur les médias
réalisé par les étudiants
de l'IUT de journalisme de Bordeaux
Dossier réalisé le 25 novembre 2004

Côte d'Ivoire :
un traitement
franco-français

Le réquisitoire
de la presse étrangère

Docteur Chirac
et Mister Jacques

Le réquisitoire de la presse étrangère

"La Côte d’Ivoire ? C’est l’Afrique française." La formule lapidaire de John Henley, le chef du bureau du Guardian à Paris résume l’amalgame entre le traitement qu’ont fait les médias français de la crise en Côte d’Ivoire et les positions affichées par la diplomatie française. Qu’ils soient Britanniques, Allemands, Italiens ou Américains, les journalistes étrangers en poste à Paris sont unanimes : leurs confrères français se sont concentrés en priorité, et très largement, sur le sort de leurs compatriotes contraints de fuir leur pays d’adoption et les intérêts économiques nationaux. Sur cette affaire, les médias hexagonaux sont "très nationalistes, lâche même Cesare Martinetti, de la Stampa. L’angle choisi était systématiquement du côté des intérêts français. Ce n’est qu’une partie du problème."
Alors, si la presse française n’a pas manqué de souligner les dérives de ses collègues américains à propos de la couverture de l’intervention en Irak, ils se retrouvent, à leur tour, sous le feu des critiques. Première accusation, un manque d’impartialité. Le point de vue ivoirien aurait été présenté de façon violente et caricaturale. "La parole n’a pas été donnée aux Ivoiriens modérés", relève John Henley.
Ensuite, un manque de recul tant historique qu’économique. Le correspondant du Guardian aurait aimé lire davantage d’articles expliquant combien pèsent les entreprises françaises dans l’économie ivoirienne ou sur "les décennies de pillages de l’Afrique par la France". Conséquence de ces lacunes, à Newsweek, Tracy Mc Nicoll craint que le public français n’ait pas tous les éléments en main pour comprendre la complexité de ce qui se passe vraiment.

Une presse "libre mais partiale"

Cesare Martinetti enfonce le clou avec des critiques sur le manque de travail en profondeur, notamment lorsque les Ivoiriens ont accusé l’armée française d’avoir tiré sur la foule. "Ils n’ont pas eu le souci de vérifier ce qui s’est passé. Ils auraient pu faire une enquête, poursuit-il dans un réquisitoire implacable. On retrouve les mêmes erreurs qu’en Irak."
Disposant d’une des couvertures les plus complètes en Europe (voir l'encadré : Presse étrangère, comment ils ont couvert la crise en Côte d’Ivoire), le Frankfurter Allgemeine Zeitung calme le jeu : "La comparaison avec l’Irak est vraiment mal venue", juge Michaela Wiegel, correspondante politique basée à Paris. Le quotidien régional d’outre-Rhin rappelle les difficultés à recueillir des informations dans ce pays en guerre depuis l’assassinat de Jean Hélène, le correspondant de RFI. Pourtant, elle aussi constate que, très rapidement, ses confrères français se sont alignés sur les positions "peu cohérentes" de l’Elysée. "L’information est libre, mais partiale."
Il faut cependant ajouter un bémol à ce déluge de critiques. Les correspondants étrangers, et ils le savent, ont la partie plus facile, installés dans le rôle d’observateurs. Il y a fort à parier qu’ils auraient été nombreux à commettre de pareils errements. Et même s’ils sont critiques, tous comprennent la couverture de la presse française. Le véhément Cesare Martinetti le reconnaît volontiers. Même son de cloche du côté du Guardian, qui explique : "C’est un tendance générale, je ne pense pas que la presse britannique ou américaine aurait fait différemment. Le premier instinct de tout journaliste est de récupérer des récits d’horreur et de tragédie humaine. Tant que des vies humaines seront en danger, tous les médias se concentreront dessus." Ce n’est qu’ensuite que l’heure de l’analyse viendra. Si elle n’est pas oubliée par le renouvellement continu des sujets d’actualité.

Serge Massau

 

# Un article de Michaela Wiegel, la correspondante à Paris du Frankfurter Algemeine Zeitung

# Il n’y a pas qu’en France que l’on parle des ressortissants français. La preuve, avec
The Guardian

# La page internationale du quotidien italien
La Stampa

# La page internationale
de Newsweek

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