Le magazine d'information sur les médias
réalisé par les étudiants
de l'IUT de journalisme de Bordeaux

 

Dossier réalisé le 25 novembre 2004

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Objets audioVisuels Non Identifiés

Beur TV, KTO, TFJ... A l'heure de la rentabilité

Pink TV : la télé fait son coming-out

Evangélisation cathodique chez KTO

Objets audioVisuels
Non Identifiés

"Nous ne sommes pas communautaires, nous sommes identitaires !” Voilà ce que semblent crier tous les représentants des chaînes de télévision en ce moment. Fer de lance de cette nouvelle tendance, la très médiatique Pink TV. Mais elle n’est pas la seule à vouloir, d’une manière ou d’une autre, sortir de cette classification, la communauté, dans laquelle le CSA, donc les définitions étatiques, les enferme. En France, on apparente la notion de communauté à celle de communautarisme. Or, parler de communautarisme, c’est parler de repli sur soi, de fermeture à l’autre et à une culture universelle.
Pourtant, sociologiquement, une communauté, c’est un groupe social uni par des liens linguistiques, religieux, géographiques, etc. et dont les membres ont un sentiment de participation, d’appartenance. Plus précisément, pour ce qui est des télévisions, il s’agit de communauté de “l’esprit”, comme la définit Ferdinand Tönnies, auteur de Communauté et société (1922). Ce sociologue allemand, précurseur dans le travail sur la communauté, explique la communauté de l’esprit comme la volonté d’appartenance à un groupe de la part de ses membres qui n’est pas due à un lien de sang ou géographique, et à leur volonté commune d’aller vers un même but.
Cette définition n’induit donc pas le rejet d’une autre communauté ou de tout autre individu.
Pourtant, en France, contrairement aux États-Unis ou à l’Angleterre, la revendication communautaire n’est pas chose aisée. «La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale.» (Article premier de la Constitution de 1958)
Le CSA, organe institutionnel, reflète ces convictions. Ainsi, parmi la multitude de «genres» dans lesquels on classe les chaînes de télévision, on retrouve une catégorie «communautaires et confessionnelles». Seules quatre télévisions y figurent actuellement : TFJ, KTO, Beur TV et Berbère TV. Elles y seront bientôt rejointes par d’autres chaînes, comme Corsica TV.

Permission de zapper
Face à cette classification, qui apparaît comme péjorative dans la France une et laïque, beaucoup de chaînes tentent de se donner un côté, disons, moins «sulfureux».
Pink TV, la petite dernière, se revendique «identitaire» et non «communautaire». A la différence de la communauté, la notion d’identité, en français, ne semble pas excluante de l’autre. On s’identifie à la chaîne, sans pour autant appartenir exclusivement à un groupe. On peut donc être à la fois fou de mangas et de cinéma classique, on peut être danseur de hip-hop et amoureux de Maria Callas.
En se nommant ainsi, ces chaînes cherchent à faire moins peur, mais aussi à s’attirer un public plus large, qui peut-être intéressé par une culture, un thème, un groupe, sans pour autant s’en sentir membre, ou redevable. S’ouvrir donc, à un public plus généraliste, donc plus nombreux, et, par là même, à plus ... d’annonceurs.
Ainsi en est-il également de TV Breizh. Selon une définition purement sociologique du terme, TV Breizh est une chaîne communautaire. En prenant bien sûr le mot au sens neutre. Défense de la langue bretonne - à travers des cours, des émissions bilingues ou même totalement en Breton -, et d’intérêts communs.
Pourtant, qu’est-ce qui différencie TV Breizh d’une rédaction régionale de France 3 ? Pas grand chose. Dans son «Cahier des missions et des charges», France 3 annonce «ouvrir son antenne à tous les genres de programmes en veillant à fournir une offre à caractère régional et local» (I, art. 22) et à contribuer «à l’expression des principales langues régionales parlées sur le territoire métropolitain.» (V, art.16) En deux ans, TV Breizh a connu une mini-révolution.
Son fondateur, Patrick Le Lay, a déclaré vouloir une télévision «moins bretonnante». L’ancienne directrice, Rozenn Milin, a été remerciée, parce que trop ancrée, peut-être, dans la défense de la communauté.
«TV Breizh devient une "mini-généraliste"», a annoncé à l’époque Solenn Olivier, attachée de presse de la chaîne basée à Lorient.
Aujourd’hui, dans les classements CSA, TV Breizh se trouve dans la case «généraliste». Pari réussi pour celle qui est à présent la première «chaîne régionale généraliste.» Et qui est arrivée à une confortable part de marché de 0,8 %, selon des résultats Médiamétrie de novembre 2004. TV Breizh serait d’ailleurs devenue plus généraliste en bouleversant sa grille et en réduisant les «programmes régionaux en faveur des séries américaines.» Mieux vaut donc suivre les enquêtes d’Arabesques que d’apprendre la pêche en Bretagne pour devenir une chaîne généraliste française.

Agnès Le Bot

 

# Lisez la présentation de Communauté et société de Ferdinand Tonnies sur le site de l'Université québécoise.

# Dans les classements CSA, TV Breizh est devenue généraliste : merci les séries !

# TV Breizh, télévision-miroir de la Bretagne
ou de la stratégie des groupes de communication ?

Lire la fiche INA lorsque la chaîne fêtait son premier anniversaire.

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