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Objets audioVisuels
Non Identifiés
"Nous
ne sommes pas communautaires, nous sommes identitaires !”
Voilà ce que semblent crier tous les représentants
des chaînes de télévision en ce moment. Fer
de lance de cette nouvelle tendance, la très médiatique
Pink TV. Mais elle n’est pas la seule à vouloir,
d’une manière ou d’une autre, sortir de cette
classification, la communauté, dans laquelle le CSA, donc
les définitions étatiques, les enferme. En France,
on apparente la notion de communauté à celle de
communautarisme. Or, parler de communautarisme, c’est parler
de repli sur soi, de fermeture à l’autre et à
une culture universelle.
Pourtant, sociologiquement, une communauté, c’est
un groupe social uni par des liens linguistiques, religieux, géographiques,
etc. et dont les membres ont un sentiment de participation, d’appartenance.
Plus précisément, pour ce qui est des télévisions,
il s’agit de communauté de “l’esprit”,
comme la définit Ferdinand Tönnies, auteur de Communauté
et société (1922). Ce sociologue allemand, précurseur
dans le travail sur la communauté, explique la communauté
de l’esprit comme la volonté d’appartenance
à un groupe de la part de ses membres qui n’est pas
due à un lien de sang ou géographique, et à
leur volonté commune d’aller vers un même but.
Cette définition n’induit donc pas le rejet d’une
autre communauté ou de tout autre individu.
Pourtant, en France, contrairement aux États-Unis ou à
l’Angleterre, la revendication communautaire n’est
pas chose aisée. «La France est une république
indivisible, laïque, démocratique et sociale.»
(Article premier de la Constitution de 1958)
Le CSA, organe institutionnel, reflète ces convictions.
Ainsi, parmi la multitude de «genres» dans lesquels
on classe les chaînes de télévision, on retrouve
une catégorie «communautaires et confessionnelles».
Seules quatre télévisions y figurent actuellement :
TFJ, KTO, Beur TV et Berbère TV. Elles y seront bientôt
rejointes par d’autres chaînes, comme Corsica TV.
Permission de zapper
Face à cette classification, qui apparaît comme péjorative
dans la France une et laïque, beaucoup de chaînes tentent
de se donner un côté, disons, moins «sulfureux».
Pink TV, la petite dernière, se revendique «identitaire»
et non «communautaire». A la différence de
la communauté, la notion d’identité, en français,
ne semble pas excluante de l’autre. On s’identifie
à la chaîne, sans pour autant appartenir exclusivement
à un groupe. On peut donc être à la fois fou
de mangas et de cinéma classique, on peut être danseur
de hip-hop et amoureux de Maria Callas.
En se nommant ainsi, ces chaînes cherchent à faire
moins peur, mais aussi à s’attirer un public plus
large, qui peut-être intéressé par une culture,
un thème, un groupe, sans pour autant s’en sentir
membre, ou redevable. S’ouvrir donc, à un public
plus généraliste, donc plus nombreux, et, par là
même, à plus ... d’annonceurs.
Ainsi en est-il également de TV Breizh. Selon une définition
purement sociologique du terme, TV Breizh est une chaîne
communautaire. En prenant bien sûr le mot au sens neutre.
Défense de la langue bretonne - à travers des
cours, des émissions bilingues ou même totalement
en Breton -, et d’intérêts communs.
Pourtant, qu’est-ce qui différencie TV Breizh d’une
rédaction régionale de France 3 ? Pas grand chose.
Dans son «Cahier des missions et des charges», France
3 annonce «ouvrir son antenne à tous les genres
de programmes en veillant à fournir une offre à
caractère régional et local» (I, art.
22) et à contribuer «à l’expression
des principales langues régionales parlées sur le
territoire métropolitain.» (V, art.16) En deux
ans, TV Breizh a connu une mini-révolution. Son
fondateur, Patrick Le Lay, a déclaré vouloir une
télévision «moins bretonnante».
L’ancienne directrice, Rozenn Milin, a été
remerciée, parce que trop ancrée, peut-être,
dans la défense de la communauté.
«TV Breizh devient une "mini-généraliste"»,
a annoncé à l’époque Solenn Olivier,
attachée de presse de la chaîne basée à
Lorient.
Aujourd’hui, dans les classements CSA, TV Breizh se trouve
dans la case «généraliste». Pari réussi
pour celle qui est à présent la première
«chaîne régionale généraliste.»
Et qui est arrivée à une confortable part de marché
de 0,8 %, selon des résultats Médiamétrie
de novembre 2004.
TV Breizh serait d’ailleurs devenue plus généraliste
en bouleversant sa grille et en réduisant les «programmes
régionaux en faveur des séries américaines.»
Mieux vaut donc suivre les enquêtes d’Arabesques que
d’apprendre la pêche en Bretagne pour devenir une
chaîne généraliste française.
Agnès
Le Bot
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