Le magazine d'information sur les médias
réalisé par les étudiants
de l'IUT de journalisme de Bordeaux

 

Ne pas oublier Florence Aubenas et son guide Hussein Hanoun al-Saadi. Et à travers eux, ce qu’ils représentent : le courage qu’exige l’exercice du journalisme en zone de conflit.
Il faut se mobiliser. Ne pas cesser de le faire. Pour maintenir la pression sur les pouvoirs publics et encourager l’’ensemble des français à participer à cet élan de solidarité. Pourquoi Florence Aubenas? Parce qu’elle est journaliste, parce que c’est une future consoeur, parce qu’elle a choisi de faire son métier, malgré les risques.
A travers une mobilisation qui pourrait être qualifiée de corporatiste, c’est la pluralité des sources d’information et le libre exercice d’une profession que nous défendons.

16 avril 2005
100 jours de trop

Le vendredi 15 avril marquait un bien triste anniversaire : les cent jours de détention de Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Cent jours d'angoisse, d'attente, de doute et d'espoir. A cette occasion, les actions de soutien aux deux journalistes se sont intensifiées. Dès le jeudi à minuit, de nombreuses personnes se sont rassemblées pour brandir des torches ou lire des textes destinés à Florence et Hussein. Dans la journée de vendredi, chaînes de télévision et stations de radios se sont mobilisées : logos, spots d'artistes et de sportifs ont été diffusés.


Samedi, dans le cadre de l'opération "lâchez-les"- à l'initiative du comité de soutien – 100 000 ballons violets, où les noms de Florence et Hussein avaient été inscrits, ont été libérés simultanément dans une soixantaine de villes de France.
A Bordeaux, la municipalité s'est associé à l'IUT de journalisme et au comité de soutien pour participer à l'événement. Aux cotés des ballons violets, d'autres jaunes, rouges et bleus, ont été lâchés pour Ingrid Betancourt (disparue en colombie depuis plus de trois ans).
Depuis vendredi, un recueil de textes de soutien intitulé «ans jours sans» est en vente chez les libraires. Les bénéfices seront reversés au comité de soutien, pour que les actions en faveur de la libération des deux journalistes continuent. Jusqu'au au jour heureux de leur retour.

20 mars 2005
Une vidéo pour preuve de vie

Depuis le 5 janvier 2005, Florence Aubenas et Hussein Hanoun étaient portés disparus.
Depuis le 1er mars, on sait qu’ils ont été enlevés. Une vidéo, déposée à l’agence Reuters de Bagdad, en témoigne. Visiblement très affaiblie, la journaliste de Libération y est filmée et récite un texte sans doute dicté par ses ravisseurs : «Mon nom est Florence Aubenas. Je suis Française. Je suis journaliste à Libération. Aidez-moi. Je suis en mauvaise santé. Je suis en mauvaise santé psychologique aussi. S'il vous plaît, c'est urgent maintenant. Aidez-moi. J'en appelle particulièrement à M. Didier Julia, le député français. S'il vous plaît M. Julia, aidez-moi. C'est urgent, M. Julia. Aidez-moi.»
L’appel au député UMP de Seine et Marne intrigue tant les actions qu’il a menées lorsque Christian Chesnot et Georges Malbrunot étaient captifs ont fait l’objet de polémique.
Cette cassette n’est pas la première «preuve de vie» que les ravisseurs ont fournie. Un premier film avait été envoyé le 22 février ; seuls les familles de Florence et Hussein et leurs collègues de Libération l’ont visionnée, à la demande des preneurs d’otages.
Ces cassettes rassurent et inquiètent à la fois car elle ne permettent ni de savoir si une libération aura lieu rapidement ni si des négociations sont envisageables avec les ravisseurs. Ces derniers n’ayant exigé, dans les vidéos, aucune monnaie d’échange.
Emeline Hénique

Le 18 février 2005
> Parler pour ne pas oublier

“L’Olympia pour Florence, Hussein, Giuliana”. C’est l’inscription que l’on pouvait lire, en immenses lettres rouges le lundi 14 février devant le célèbre music hall. Plus d’une trentaine de chanteurs, à l’image de Zazie, Souchon, Aznavour, s’est relayée pour manifester son soutien aux otages. A l’occasion du point presse précédant le concert de solidarité, les épouses de Fred Nérac et de Guy-André Kieffer, deux journalistes français disparus, ont demandé une plus grande solidarité des médias envers leurs maris. Fred Nérac, caméraman d’ITN a disparu au printemps 2003 en Irak. Osange Kieffer, épouse de Guy-André Kieffer, journaliste qui a disparu en Côte d’Ivoire en avril 2004, estime qu’on “avait tendance à oublier qu’il y a deux autres journalistes français qui ont disparus. On se retrouve un peu seules et désabusées” ajoute t-elle. Fabienne Nérac “ne voit pas pourquoi il y aurait deux poids deux mesures”. Après Paris, direction Lille et le Théâtre du Nord. François Reynaert et Marie Desplechin, entre autres, ont voulu montrer aux ravisseurs combien les otages étaient “précieux”. Les soutiens viennent de partout. Le conseil national des barreaux s’est associé lundi au mouvement de solidarité organisé par les proches des otages. La presse continue à manifester son soutien aux otages. Une vingtaine de quotidiens régionaux ont accepté de publier chaque mercredi une “Chronique de l’attente”. Le mercredi est un jour symbolique puisque c’est le mercredi 5 janvier que Florence Aubenas et son guide Hussein Hanoun ont disparu. Parmi les titres participant à cette opération, on trouve Ouest France, Sud Ouest, Les Dernières nouvelles d’Alsace...
Quant à l'IUT de journalisme de Bordeaux, les étudiants ont lu en public des articles de Florence Aubenas et des messages de soutien.
Aurélie Bellessort

Le 11 février 2005
> La mobilisation ne s’essouffle pas
Un mois après la disparition de Florence Aubenas et de son accompagnateur Hussein Hanoun Al-Saadi, le gouvernement a réaffirmé mercredi sa totale mobilisation pour les retrouver. Le premier ministre a d’ailleurs réuni ce même jour les responsables des principaux partis politiques pour dresser un bilan de la situation.
Les municipalités manifestent également leur solidarité. Tout au long de la semaine, les portraits de la journaliste et du fixeur ont été affichés dans plusieurs villes comme Bayeux, Dijon, Lyon, Echirolles-Grenoble, Paris... A Montpellier, anonymes, hommes politiques, proches de Florence Aubenas ou collégues de Libération, se sont recueillis devant les photos géantes déployées en plein centre ville. A Strasbourg, quelque 200 personnes se sont rassemblées mercredi dans le même objectif.
Le journal L’humanité a par ailleurs suivi cette initiative en placardant sur la façade de son siège à Saint-Denis, les visages des deux disparus.
La communauté urbaine de Lyon a organisé mercredi une soirée de soutien. Le Père de Florence Aubenas, Benoît Aubenas ainsi que la famille de Guy-André Kieffer, disparu en Côte d’Ivoire en 2004, étaient présents. Durant ce rassemblement, le procureur général de Lyon, Jean-Olivier Viout, a déclaré avoir découvert que pour certains journalistes comme Florence Aubenas, l’éthique n’était pas un vain mot.


> Dans le cadre des opérations de soutien à Florence et Hussein, l’IUT de Bordeaux a organisé mercredi 9 février une conférence avec Aimal Faizi, un étudiant afghan en première année. Il a parlé de son métier de fixeur en Afghanistan et au Pakistan.
Ecoutez l'interview
(MP3 - 50'' - 416 ko)

Les écoles de journalisme, quant à elles, continuent aussi de se mobiliser. Mercredi, alors qu’Aimal Faizi, fixeur en Afghanistan, a donné une conférence à l’IUT de Bordeaux, les étudiants de l’IUT de Tours ont lu des textes ou reportages de la journaliste. L’IUT de Bordeaux a d’ailleurs projeté de faire de même mercredi prochain. Le CUEJ de Strasbourg participe également à la mise en place des différentes manifestations orchestrées dans cette ville.
La mobilisation va rester très active dans les jours voire les semaines à venir. Pour l’heure, le club de la presse de Marseille organise ce soir, en partenariat avec Reporters sans frontières, une soirée de soutien. Un débat rassemblera Serge July, Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières et Jean-Pierre Perrin, grand reporter à Libération.
Autre événement important, le concert de solidarité à l’Olympia. Il aura lieu le lundi 14 février à 20h30. De nombreux artistes ont accepté d’y participer. Lors de cette soirée animée par Pierre Lescure, plusieurs représentants des grands médias français prendront la parole. Ce concert, ouvert à tous, est gratuit. Les billets sont à retirer à l’Olympia le samedi 12 et le lundi 14 février de 11h à 18h.

Alexia Damevin


Le 4 février 2005
>Un mois de silence qui fait grand bruit
Les milieux culturel, sportif et politique se mobilisent autour de la disparition de Florence Aubenas et Hussein Hanoun al-Saadi.
Le théâtre du Rond-Point a organisé le 31 janvier dernier une soirée en hommage aux disparus. Des chanteurs (Bénabar, Vincent Delerm, Alain Bashung), comédiens (Catherine Deneuve, Charles Berling, Claude Brasseur entre autres) et hommes politiques (Bertrand Delanoë, Renaud Donnedieu de Vabres, ou encore François Hollande) étaient présents.
Le milieu sportif se mobilise également, puisque samedi 5 février, le XV de France fera une déclaration en leur honneur avant le match contre l'Ecosse. De même, le Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand diffusera pendant sa soirée de clôture deux clips en hommage à Florence Aubenas et Hussein Hanoun al-Saadi. Le 7 février, les portraits des deux disparus seront affichés dans le métro, tandis que Reporters sans frontières prépare une soirée à l'Olympia, à laquelle participeront douze journalistes français, tous anciens otages.
Les médias restent mobilisés : Reporters sans frontières a fait publier des encadrés dans la presse, les chaînes de télévision Public Sénat et i-Télé ont consacré plusieurs émissions à ce sujet. Les écoles de journalisme se sentent concernées. A l'initiative de Marie-Ange Rodeaud, présidente du comité de soutien à Florence Aubenas, la plupart d'entre elles ont mis en place des actions de soutien largement reprises par les médias locaux. Intitulées "Une heure pour Florence et Hussein", ces événements devraient avoir lieu tous les mercredi. Le 2 février, elles ont ainsi organisé des manifestations ou encore des conférences, avec la participation de professionnels de la presse, autour du travail du journaliste en temps de guerre. A Strasbourg, les étudiants du Centre Universitaire d'Enseignement du Journalisme (CUEJ) ont manifesté baillonés, tandis qu'à Bordeaux, la façade de l'IUT de Journalisme arborait les mots : "Florence, Hussein, Solidarité". Une conférence sur le rôle du "fixer" (l'accompagnateur) aura lieu à l'IUT de Bordeaux le mercredi 9 février avec Aimal Faizi, un étudiant afghan de première année qui a guidé plusieurs journalistes européens en Afghanistan.

Stéphanie Bouillaguet, Pauline Boyer, Hilda Alonso


Le 28 janvier 2005
> L’heure de la mobilisation
Trois semaines après la disparition de Florence Aubenas et de son assistant Hussein Hanoun al-Saadi, le secrétaire général de Reporter sans frontière (RSF), Robert Ménard, estime que “le temps de l’apathie est terminé”. Cette semaine, la mobilisation en leur faveur prend une nouvelle ampleur. Plus de quarante responsables de presse écrite, de télé, de radio et d’agences se sont réunis lundi 24 janvier pour signer un appel sans précédent à la solidarité. Deux jours plus tard, les portraits géants de la journaliste et de son assistant sont venus orner la place de la République à Paris.
Un comité de soutien composé d’amis, de proches et de lecteurs vient également d’être créé. Sa présidente, Marie-Ange Rodeaud, a invité les écoles de journalisme à organiser une manifestation tous les mercredis et jusqu’au retour des disparus. Ce projet laissé à la liberté des étudiants sera baptisé : “Une heure pour Florence et Hussein”.
Robert Ménard qui estimait le 22 janvier dernier que “la mobilisation n’était pas à la hauteur de ce qu’elle devrait être” peut donc se rassurer. Les messages de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun al-Saadi n’ont pas attendus trois semaines pour affluer. Dès la 9 janvier, plusieurs écrivains, dont trois prix Nobel, appelaient “ceux qui ont le pouvoir” à les libérer immédiatement. En France, de nombreuses personnalités comme Jean-Pierre Raffarin ou encore François Bayrou se sont déclarés inquiets pour leur situation. On se souvient également du “vibrant appel” à la libération de Florence Aubenas lancé le 20 janvier par le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur. Prononcé à la mosquée de Paris devant plus de 200 personnes, ce discours n’avait pas laissé indifférent.
Jusque là, on se montrait discrets car on espérait qu’ils reviendraient vite”, explique Marie-Ange Rodeaud. “Mais, après trois semaines d’absence, il faut agir.” La mobilisation ne fait donc que commencer. Lundi 31 janvier, des comédiens, des chanteurs, des journalistes et des intellectuels se réuniront au Théâtre du Rond-Point à Paris pour une nouvelle action de solidarité. La soirée sera ouverte au public et retransmise en direct sur France Culture.
(Reservation obligatoire par e-mail : communication3@rsf.org ou téléphone : 01 44 83 84 84)

Edwige Bouffault

 
 
> Réactions du gouvernement au compte goutte
Le vendredi 18 février, sur LCI, Michel Barnier, le ministre des Affaires étrangères déclare “nous avons eu, depuis (...) plusieurs semaines, des indications indirectes qui nous donnent l’espoir qu’ils sont en vie et que nous pourrons les ramener à la maison”. Mercredi soir, une cinquantaine de directeurs de rédaction, de rédacteurs en chef dont le patron de Libération sont reçus à Matignon. A sa sortie, sur le perron, Serge July déclare “ce que, nous a dit le Premier ministre, (sans) trahir sa pensée, c’est qu’il n’y avait pas d’éléments permettant de dire si, au jour d’aujourd’hui, ils sont vivants ou non”. Le Premier ministre, Jean Pierre Raffarin, évoque lors de cette rencontre "une situation incertaine donc inquiétante”.
Aurélie Bellessort
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