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Chronique
d'une mort annoncée
Mars 2004, Serge Dassault s'offre 82% de la Socpresse, le
groupe issu des cendres de l'empire Hersant. Loin d'être le
papivore que pouvait être son prédécesseur,
le sénateur de l'Essonne reste d'abord et avant tout un avionneur.
Pas vraiment le profil type du patron de presse.
"La première chose à faire, c’est de
réduire les déficits ou de vendre les journaux qui
perdent de l’argent". La déclaration, sèche
et sans appel, est signée Serge Dassault, en juin 2004, trois
mois à peine après le rachat de la Socpresse. Un tour
de vis sévère, de quoi faire trembler les rédactions
du groupe, voire l’ensemble d’une profession. Le sénateur
de l’Essonne n’a pas perdu de temps. A peine propriétaire
de la Socpresse, il se sépare de la Vie Financière,
un des titres du pôle l’Express-l’Expansion. Selon
Serge Dassault, une directive européenne -le cumul des activités
du GIMD (Groupe Industriel Marcel-Dassault) et de la Socpresse dans
le domaine de la vente d'espaces publicitaires créait une
situation de monopole- est à l'origine de la cession. Le
syndicat SNJ-CGT avance, dans sa lettre trimestrielle de juillet
2004, une toute autre explication. Il raconte comment les représentants
de la CFDT et de la CGT du groupe l’Express-l’Expansion
ont appris au cours d’une entrevue à la direction générale
de la concurrence à Bruxelles, que la Commission n’avait
jamais rien demandé de tel au propriétaire de la Socpresse.
Pour la CGT, "Dassault s’est servi de la commission
européenne comme d’un paravent pour céder un
titre qui ne l’intéresse pas". Quoi qu'il
en soit, la vente du titre financier est sur les rails. Il devrait
trouver acquéreur, d’autant plus que le journal "ne
vaut pas cher" selon les propres termes de Serge Dassault.
Le pôle hippique -Paris Turf et Week End- va prochainement
subir le même sort. "Ces titres n’ont pas été
considérés comme éléments stratégiques
apportant des synergies à l’ensemble du groupe",
explique Xavier Ellie, le président du comité
de groupe Socpresse, fin janvier. La Vie Financière
et les deux titres hippiques en passe d'être vendus ne semblent
pourtant pas les moins rentables.
Désengagement
D’autres sont plus endettés. Les trois pôles
régionaux, composés chacun de plusieurs titres, et
qui constituent la branche PQR de la Socpresse, ne paraissent pas
bien placés dans la course à la rentabilité
initiée par Dassault. Avec un peu plus de 11 millions d’euros
de pertes en 2003, le pôle Rhône-Alpes a du souci
à se faire. Mais pour l’instant, c’est la cession
du pôle Ouest qui semble la plus imminente. A ce jour, "aucune
décision n’a été prise" quant
à la vente des trois titres de presse (Courrier de l’Ouest,
Maine Libre et Presse Océan). Mais certains
signes ne trompent pas. Après l'arrivée de Metro
à Nantes en février, Ouest France a conclu un partenariat
avec 20 Minutes. De son côté, la Socpresse
reste à l'écart de la bataille. Une preuve de désengagement
du groupe dans l'ouest ? Dans les rédactions, tous les regards
se tournent vers Ouest France, numéro un sur la liste des
potentiels acquéreurs.
La situation des pôles Rhône-Alpes et Nord n’est
pas plus claire. En mars 2004, Yves de Chaisemartin, alors vice-président
de la Socpresse, indiquait que l’avenir du groupe passait
par un axe Lille-Paris-Lyon-Grenoble. Après le départ
de "Chaise", est-ce toujours d’actualité ?
Jusqu'à nouvel ordre, les deux pôles restent parties
intégrantes de la stratégie du groupe... à
condition de les rentabiliser. La reprise en main a déjà
commencé. Les rédactions des deux pôles ont
été les plus touchées par le départ
des journalistes faisant valoir la clause de cession. Et les remplacements
sont loin d’être systématiques.
Tailler dans les dépenses
Les coupes claires dans les dépenses se poursuivent. Des
fermetures de locales ont déjà été envisagées
avant l’arrivée de Serge Dassault. Selon Alexandre
Buisine, journaliste au Progrès, deux agences du
quotidien lyonnais –Vénissieux et Décines- seront
prochainement regroupées à Villeurbanne. Autre manière
de tailler dans les dépenses des titres régionaux
: utiliser une banque de données diffusant les mêmes
articles auprès de plusieurs titres. La Voix du Nord
permet ainsi à Nord Eclair de disposer d'articles
rédigés par ses journalistes pour des zones spécifiques
(Béthune, Carvin). L’inverse se produit pour les zones
de Roubaix et Tourcoing, bastion historique de Nord Eclair.
Même phénomène à Vienne : les journalistes
du Dauphiné voient leurs articles repris dans l’édition
viennoise du Progrès. Serge Dassault assainit les
finances et place de potentiels acquéreurs dans les meilleures
dispositions. Bruno Hervieu, directeur général de
Presse Océan, l'a dit à sa manière à
l'occasion d'une réunion du comité d'entreprise, "la
Socpresse se vide en bradant son outil industriel et va devenir
une société d'actionnaires".
David Prochasson et Anne-Laure Soulé
La
version originale du dessin de Pancho est parue dans le journal
Le Monde. Il est publié avec l'aimable autorisation
de l'auteur.
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