Le magazine d'information sur les médias
réalisé par les étudiants
de l'IUT de journalisme de Bordeaux

 

Dossier réalisé le 10 février 2005

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Chronique d'une mort annoncée. Loin d'être le papivore que pouvait être son prédécesseur, le sénateur de l'Essonne reste d'abord et avant tout un avionneur, pas vraiment le profil type du patron de presse...

Journaliste expérimenté cherche repreneur pour retraite confortable. 10% des journalistes de la Socpresse font jouer la clause de cession. La plupart profite de l'aubaine pour partir en retraite anticipée, d'autres...

PQR: comme une impression d'abandon. Des départs à la chaîne sans perspectives d'embauches, un actionnaire muré dans le silence, la grogne monte dans les rédactions des titres de province...

Les majorités de Serge Dassault. A la mort de son père en 1986, Serge Dassault reprend les rennes du groupe, avec le soutien de Jacques Chirac. La même année, l'industriel adhère au RPR....


Chronique d'une mort annoncée
Mars 2004, Serge Dassault s'offre 82% de la Socpresse, le groupe issu des cendres de l'empire Hersant. Loin d'être le papivore que pouvait être son prédécesseur, le sénateur de l'Essonne reste d'abord et avant tout un avionneur. Pas vraiment le profil type du patron de presse.


"La première chose à faire, c’est de réduire les déficits ou de vendre les journaux qui perdent de l’argent". La déclaration, sèche et sans appel, est signée Serge Dassault, en juin 2004, trois mois à peine après le rachat de la Socpresse. Un tour de vis sévère, de quoi faire trembler les rédactions du groupe, voire l’ensemble d’une profession. Le sénateur de l’Essonne n’a pas perdu de temps. A peine propriétaire de la Socpresse, il se sépare de la Vie Financière, un des titres du pôle l’Express-l’Expansion. Selon Serge Dassault, une directive européenne -le cumul des activités du GIMD (Groupe Industriel Marcel-Dassault) et de la Socpresse dans le domaine de la vente d'espaces publicitaires créait une situation de monopole- est à l'origine de la cession. Le syndicat SNJ-CGT avance, dans sa lettre trimestrielle de juillet 2004, une toute autre explication. Il raconte comment les représentants de la CFDT et de la CGT du groupe l’Express-l’Expansion ont appris au cours d’une entrevue à la direction générale de la concurrence à Bruxelles, que la Commission n’avait jamais rien demandé de tel au propriétaire de la Socpresse. Pour la CGT, "Dassault s’est servi de la commission européenne comme d’un paravent pour céder un titre qui ne l’intéresse pas". Quoi qu'il en soit, la vente du titre financier est sur les rails. Il devrait trouver acquéreur, d’autant plus que le journal "ne vaut pas cher" selon les propres termes de Serge Dassault.
Le pôle hippique -Paris Turf et Week End- va prochainement subir le même sort. "Ces titres n’ont pas été considérés comme éléments stratégiques apportant des synergies à l’ensemble du groupe", explique Xavier Ellie, le président du comité de groupe Socpresse, fin janvier. La Vie Financière et les deux titres hippiques en passe d'être vendus ne semblent pourtant pas les moins rentables.


Désengagement
D’autres sont plus endettés. Les trois pôles régionaux, composés chacun de plusieurs titres, et qui constituent la branche PQR de la Socpresse, ne paraissent pas bien placés dans la course à la rentabilité initiée par Dassault. Avec un peu plus de 11 millions d’euros de pertes en 2003, le pôle Rhône-Alpes a du souci à se faire. Mais pour l’instant, c’est la cession du pôle Ouest qui semble la plus imminente. A ce jour, "aucune décision n’a été prise" quant à la vente des trois titres de presse (Courrier de l’Ouest, Maine Libre et Presse Océan). Mais certains signes ne trompent pas. Après l'arrivée de Metro à Nantes en février, Ouest France a conclu un partenariat avec 20 Minutes. De son côté, la Socpresse reste à l'écart de la bataille. Une preuve de désengagement du groupe dans l'ouest ? Dans les rédactions, tous les regards se tournent vers Ouest France, numéro un sur la liste des potentiels acquéreurs.
La situation des pôles Rhône-Alpes et Nord n’est pas plus claire. En mars 2004, Yves de Chaisemartin, alors vice-président de la Socpresse, indiquait que l’avenir du groupe passait par un axe Lille-Paris-Lyon-Grenoble. Après le départ de "Chaise", est-ce toujours d’actualité ? Jusqu'à nouvel ordre, les deux pôles restent parties intégrantes de la stratégie du groupe... à condition de les rentabiliser. La reprise en main a déjà commencé. Les rédactions des deux pôles ont été les plus touchées par le départ des journalistes faisant valoir la clause de cession. Et les remplacements sont loin d’être systématiques.


Tailler dans les dépenses

Les coupes claires dans les dépenses se poursuivent. Des fermetures de locales ont déjà été envisagées avant l’arrivée de Serge Dassault. Selon Alexandre Buisine, journaliste au Progrès, deux agences du quotidien lyonnais –Vénissieux et Décines- seront prochainement regroupées à Villeurbanne. Autre manière de tailler dans les dépenses des titres régionaux : utiliser une banque de données diffusant les mêmes articles auprès de plusieurs titres. La Voix du Nord permet ainsi à Nord Eclair de disposer d'articles rédigés par ses journalistes pour des zones spécifiques (Béthune, Carvin). L’inverse se produit pour les zones de Roubaix et Tourcoing, bastion historique de Nord Eclair. Même phénomène à Vienne : les journalistes du Dauphiné voient leurs articles repris dans l’édition viennoise du Progrès. Serge Dassault assainit les finances et place de potentiels acquéreurs dans les meilleures dispositions. Bruno Hervieu, directeur général de Presse Océan, l'a dit à sa manière à l'occasion d'une réunion du comité d'entreprise, "la Socpresse se vide en bradant son outil industriel et va devenir une société d'actionnaires".


David Prochasson et Anne-Laure Soulé

La version originale du dessin de Pancho est parue dans le journal Le Monde. Il est publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.



 
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