Le magazine d'information sur les médias
réalisé par les étudiants
de l'IUT de journalisme de Bordeaux

 

Dossier réalisé le 10 février 2005

En
direct sur télé solidarité

Une surmédiatisation planifiée

Le 26 décembre 2004, dépassées par des vidéastes amateurs pour les images de la vague, les télés se doivent de réagir et de réinvestir le terrain. Au fur et mesure que le bilan humain et matériel s’alourdit, les chaînes vont se mobiliser pour être le fer de lance de la cause humanitaire. Pour fédérer les téléspectateurs , les rédactions vont appliquer à la lettre les sacro-saintes règles de proximité
.


Quand le raz-de-marée atteint les côtes asiatiques, c'est tout le paysage audiovisuel français qui est en émoi. Les présenteurs commentent inlassablement la même vague, la catastrophe a un visage. En réponse aux flots ravageurs, s'ensuit une union sacrée nationale. Tous derrière les sinistrés d'Asie, tous solidaires...
La télé participe au grand effort de compassion nationale et fédère ses téléspectateurs.

Le mort-kilométrique
Plus le pays est loin, plus le nombre de morts doit être important pour attirer l'attention. Le 27 décembre, les journaux télévisés font état de 10 000 morts. Un décompte macabre qui double chaque jour. Le 3 janvier, pour la soirée spéciale Asie, le bilan est de 130 000 décès. A grands renforts de classements, le téléspectateur peut suivre en direct l'évolution du nombre de morts. Le 14 janvier l'Indonésie franchit la barre des 100 000 morts, les Maldives 30 000 et la Thaïlande 5 000. En tout, une dizaine de nations sur deux continents (plus de 300 morts en Afrique de l'est) enterrent leurs disparus. Selon la sociologue Gaëlle Clavandier, "les morts collectives provoquent un énorme élan de compassion de la part de tous : médias, associations, citoyens".
L'identification
Selon la logique de la règle précèdente, l'Indonésie devrait être en première ligne des pays les plus traités dans les éditions. Cependant, encore trois semaines après la vague, trois reportages sur quatre font état de la situation... en Thaïlande. Pays qui ne pointe qu'à la quatrième place des nations sinistrées. Mais son territoire recelle une richesse qui intéresse tout particulièrement les Européens : des Européens. "C'est le moteur émotionnel de l'Asie". Pour Jacques Cardoze, reporter à France 2, la Thaïlande est la fenêtre occidentale sur les pays asiatiques. Kao Lak, Patong ou Phuket résonnent aux oreilles des européens comme des noms exotiques de cartes postales, comme des destinations rêvées de lune de miel.
Le samedi 15 janvier, Arlette Chabot sur le plateau de "l'Hebdo du Médiateur" de France 2 répond aux remarques d'un téléspectateur qui trouve que les journalistes s'attardent trop sur le sort des européens. Sa réponse est sans ambiguïté. Montrer des touristes est un choix rédactionnel. "On joue sur l'identification. Si cela peut amener les gens à donner plus, c'est tant mieux".
G.P.-B.

Dossier réalisé par Géraldine Lassalle, Mélanie Papillaud, Gauvain Peleau-Barreyre, Ilhame Taoufiqi
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