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En
direct sur télé solidarité

Une surmédiatisation planifiée
Le 26 décembre 2004, dépassées par des vidéastes
amateurs pour les images de la vague, les télés se
doivent de réagir et de réinvestir le terrain. Au
fur et mesure que le bilan humain et matériel s’alourdit,
les chaînes vont se mobiliser pour être le fer de lance
de la cause humanitaire. Pour fédérer les téléspectateurs
, les rédactions vont appliquer à la lettre les sacro-saintes
règles de proximité.
Quand le raz-de-marée atteint les côtes asiatiques,
c'est tout le paysage audiovisuel français qui est en émoi.
Les présenteurs commentent inlassablement la même vague,
la catastrophe a un visage. En réponse aux flots ravageurs,
s'ensuit une union sacrée nationale. Tous derrière
les sinistrés d'Asie, tous solidaires...
La télé participe au grand effort de compassion nationale
et fédère ses téléspectateurs.
Le
mort-kilométrique
Plus le pays est loin, plus le nombre de morts doit être important
pour attirer l'attention. Le 27 décembre, les journaux télévisés
font état de 10 000 morts. Un décompte macabre qui
double chaque jour. Le 3 janvier, pour la soirée spéciale
Asie, le bilan est de 130 000 décès. A grands renforts
de classements, le téléspectateur peut suivre en direct
l'évolution du nombre de morts. Le 14 janvier l'Indonésie
franchit la barre des 100 000 morts, les Maldives 30 000 et la Thaïlande
5 000. En tout, une dizaine de nations sur deux continents (plus
de 300 morts en Afrique de l'est) enterrent leurs disparus. Selon
la sociologue Gaëlle Clavandier, "les morts collectives
provoquent un énorme élan de compassion de la part
de tous : médias, associations, citoyens".
L'identification
Selon la logique de la règle précèdente, l'Indonésie
devrait être en première ligne des pays les plus traités
dans les éditions. Cependant, encore trois semaines après
la vague, trois reportages sur quatre font état de la situation...
en Thaïlande. Pays qui ne pointe qu'à la quatrième
place des nations sinistrées. Mais son territoire recelle
une richesse qui intéresse tout particulièrement les
Européens : des Européens. "C'est le moteur
émotionnel de l'Asie". Pour Jacques Cardoze, reporter
à France 2, la Thaïlande est la fenêtre occidentale
sur les pays asiatiques. Kao Lak, Patong ou Phuket résonnent
aux oreilles des européens comme des noms exotiques de cartes
postales, comme des destinations rêvées de lune de
miel.
Le samedi 15 janvier, Arlette Chabot sur le plateau de "l'Hebdo
du Médiateur" de France 2 répond aux remarques
d'un téléspectateur qui trouve que les journalistes
s'attardent trop sur le sort des européens. Sa réponse
est sans ambiguïté. Montrer des touristes est un choix
rédactionnel. "On joue sur l'identification. Si
cela peut amener les gens à donner plus, c'est tant mieux".
G.P.-B.
Dossier réalisé par Géraldine
Lassalle, Mélanie
Papillaud, Gauvain
Peleau-Barreyre,
Ilhame Taoufiqi |